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PERROT Jean-Marie (1877-1943)

mercredi 27 novembre 2013, par Fañch Postic

PERROT Jean-Marie

(1877-1943)

Éva GUILLOREL

Biographie

Né à Plouarzel en 1877 dans une famille de cultivateurs, Jean-Marie Perrot poursuit des études au petit séminaire de Pont-Croix puis au grand séminaire de Quimper. Il est ordonné prêtre en 1903 et nommé vicaire à Saint-Vougay l’année suivante. En 1905, à l’âge de 28 ans, il fonde le Bleun Brug (Fleur de Bruyère), association qui pose la foi catholique et la culture bretonne au centre de ses préoccupations. Dès lors, il multiplie tout au long de sa vie les initiatives culturelles en lien avec la langue bretonne et la religion catholique : il organise chaque année la fête du Bleun Brug, qui connaît un grand succès populaire. Il s’investit dans les patronages et monte une troupe de théâtre – les Paotred Sant-Nouga (Gars de Saint-Vougay) – pour laquelle il écrit de nombreuses pièces. En 1911, il devient le directeur de la revue Feiz ha Breiz (Foi et Bretagne), à laquelle il avait commencé à collaborer dès 1902 : sous son impulsion, la revue devient mensuelle et abandonne le bilinguisme pour ne proposer que des articles en breton : elle compte 7000 souscripteurs, essentiellement léonards, en 1912. En 1911, il publie une imposante Buez ar Zent (Vie des Saints). Il est nommé vicaire à Saint-Thégonnec au printemps 1914 : quelques mois après commence la Première Guerre Mondiale, au cours de laquelle il s’engage comme volontaire brancardier sur le front. En 1920, il est nommé vicaire à Plouguerneau, puis recteur de Scrignac en 1930. Il y continue ses activités religieuses et culturelles dans un environnement qui est bien moins croyant et pratiquant que le Léon. En 1943, il est tué par des résistants maquisards communistes car soupçonné de trop de sympathie avec l’occupant. Après la guerre, de nombreux débats, pas encore clos, ont porté sur sa véritable attitude pendant la guerre. Les travaux historiques les plus récents, qui cherchent à présenter une approche dépassionnée de ce sujet polémique, ont largement réhabilité le personnage.

Le collecteur

Jean-Marie Perrot n’est pas passé à la postérité pour son œuvre de collecteur, mais bien plus pour celle d’écrivain, de dramaturge et plus généralement de militant au service de la langue bretonne et de la foi catholique. Pourtant, il s’est investi dans de nombreuses entreprises de collecte en Léon et en Centre-Bretagne. Il a lui même recueilli des chansons dans son environnement de jeunesse autour de Ploumoguer et de Locmaria-Plouzané, et ce au moins dès 1902 (il est alors âgé de 25 ans) : plusieurs cahiers contiennent des pièces qu’il a lui-même collectées, mais dont il n’a pas fait de publication. Il a également effectué une importante collecte de contes auprès de Gab Brousseau à Scrignac au début des années 1930 : Jean-Marie Perrot a commencé à publier le répertoire de ce conteur dans Feiz ha Breiz en 1935, puis l’ensemble des contes recueillis a été publié après la mort de Jean-Marie Perrot, dans la collection « Gwerin » en 1966.
Mais c’est surtout le projet du Barzaz Bro-Leon qui permet de ranger Jean-Marie Perrot parmi les figures marquantes de la genèse des collectes en Bretagne. En 1906, il lance un concours dans l’hebdomadaire le Courrier du Finistère, incitant les chanteurs du Léon à envoyer les chansons de tradition orale qu’ils connaissent ou qu’ils pourraient recueillir auprès de leurs proches. Jean-Marie Perrot, alors vicaire de Saint-Vougay, a dans l’idée de publier un livre sur le modèle du Barzaz-Breiz de Théodore Hersart de La Villemarqué, qui réunirait le répertoire chanté du Léon et permettrait de le sauvegarder et de le transmettre aux jeunes générations : il justifie son entreprise en disant que, contrairement aux trois grands autres pays-évêchés de Bretagne, le Léon a été largement oublié par les collecteurs du 19e siècle et qu’aucune anthologie réunissant les chansons de cette région n’a été publiée. Ce discours est tout à fait justifié : même si Gabriel Milin et Jean-Marie de Penguern ont enquêté dans le Léon au siècle précédent, aucune publication n’a été faite quand le Barzaz Bro-Leon est lancé. Le concours connaît un grand succès : environ 550 pièces sont envoyées en deux mois par près de 80 contributeurs. Après plusieurs éditions qui ont toutes lieu avant la Première Guerre Mondiale, le fonds rassemble plus de 1100 documents adressés par plus de 150 particuliers. La publication plusieurs fois promise par Jean-Marie Perrot ne voit jamais le jour, mais le fonds a été conservé à l’état de manuscrits et est aujourd’hui la propriété de la famille Caouissin (à la mort de Jean-Marie Perrot, ses archives ont été conservées par son ancien secrétaire et légataire testamentaire Henri Caouissin).
L’intérêt premier du Barzaz Bro-Leon réside dans son mode de constitution, sous la forme d’un concours qui fait appel directement aux chanteurs, sans l’intermédiaire d’un collecteur : ce sont ainsi les interprètes qui envoient, en fonction du goût et de la culture qui est la leur, les pièces qui leur semblent les plus pertinentes pour gagner un prix au concours. La profonde inadéquation entre le type de répertoire recueilli par ce biais – des chansons de tradition orale, mais aussi beaucoup de chansons sur feuilles volantes ou de compositions très récente dont le style est inspiré des chansonniers français alors en vogue, ainsi que des comptines, proverbes, devinettes, contes et prières – et les collectes du 19e siècle – qui valorisent avant tout les grandes complaintes historiques – permet de s’interroger sur les orientations mises en œuvre par les collecteurs lors de leur travail d’enquête. Ce fonds apporte également de riches renseignements sur le répertoire chanté en Léon au début du 20e siècle et dément les préjugés de nombreux folkloristes du siècle précédent, qui affirment que cette région ne possède pas de répertoire de tradition orale qui soit intéressant. Il constitue aussi un chaînon manquant, qui permet de comprendre la transformation du répertoire chanté breton au tournant du 20e siècle : il contient en effet à la fois d’anciennes complaintes de tradition orale à l’état de débris, et de nombreuses compositions plus récentes qui sont venues les supplanter.

Bibliographie

Outre sa Buez ar Zent, Jean-Marie Perrot a écrit de très nombreux articles en breton, notamment dans la revue Feiz ha Breiz, ainsi que plusieurs dizaines de pièces de théâtre.
Pour ce qui est publications ayant trait au travail de collectage, on peut noter :

En ce qui concerne le répertoire de contes de Gab Brousseau : une biographie de l’interprète et un de ses contes sont publiés par Jean-Marie Perrot dans Feiz ha Breiz en janvier 1935, p. 27-32 ; mars 1935, p. 118-123 ; avril 1935, p. 157-161. L’ensemble des pièces recueillies ont été publiées dans : Gab Brousseau. Kontadennou Menez Are dastumet gant an Ao. beleg Yann-Vari Perrot, « Gwerin 7 », Hor Yezh, 1966, 98 p.

Barzaz Bro-Leon Barzaz Bro-Leon, Une expérience inédite de collecte en Bretagne, édition critique par Èva Guillorel, PUR/CRBC, 2013.