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HENRY Jean-Guillaume (1803-1880)

lundi 25 novembre 2013, par Fañch Postic

HENRY Jean Guillaume

(1803-1883)
Fañch POSTIC

Biographie

Jean-Guillaume Henry est né le 14 décembre 1803 dans la ferme que tiennent ses parents au bourg de Mellac. Elevé dans une famille de notables – son père fut l’un des premiers maires de la commune – profondément attachée à la religion, l’abbé Henry gardera toute sa vie la nostalgie de l’Ancien Régime. Après des études au collège de Quimper, il intègre le séminaire en 1824 pour devenir prêtre en 1828. Nommé vicaire à Lesneven, une santé trop fragile l’empêche d’assurer correctement son ministère et, en 1836, il est nommé aumônier de l’hôpital de Quimperlé.
Là il trouve le temps d’écrire et se met à traduire en breton la vie de saint Isidore qui paraît en 1839, la même année que le Barzaz-Breiz de La Villemarqué. Certains, comme Anatole Le Braz, ont d’ailleurs affirmé que l’abbé Henry en avait été le « véritable » auteur, se fiant à une confidence qu’aurait faite La Villemarqué à Luzel en 1890 et que ce dernier a notée au dos d’une enveloppe. Si l’abbé Henry a bien été un conseiller de La Villemarqué pour la langue bretonne, ses suggestions ou corrections ne semblent pas devoir concerner la première édition du Barzaz Breiz car, à l’époque, il n’utilise pas encore le breton normalisé prôné par Le Gonidec.
Par la suite, l’abbé Henry s’attachera à publier la traduction bretonne de textes sacrés. Il est décédé à Quimperlé le 12 janvier 1880.
Henry ovale

Le collecteur
Il semble bien que l’abbé Henry ait eu l’intention de publier un recueil de chansons profanes circulant dans la tradition orale. Malheureusement il n’y a pas donné suite et il n’a pas été retrouvé de traces d’éventuelles collectes qu’il aurait pu mener.
L’abbé Henry est un musicien compétent qui donne des leçons de musique et de plain-chant. On lui doit d’avoir, dès 1842, dans ses Kanaouennou santel, pris soin de noter les airs (en plain-chant) et d’avoir proposé un petit précis en breton où il traduit le vocabulaire du solfège.. Au début des années 1860, Mgr Sergent lui confie la publication du premier recueil « officiel » de cantiques pour l’évêché de Quimper. Dans les Kantikou eskopti Kemper ha Leon [Cantiques de l’évêché de Quimper et de Léon] qui paraissent en 1865 à Quimperlé chez Clairet, l’abbé Henry propose de 160 cantiques (et 146 airs) dont 26 sont de sa propre plume : traductions d’hymnes liturgiques ou créations dont certaines, tel Ave Maria, leun ar c’has [Je vous salue Marie pleine de grâce], sont toujours chantées aujourd’hui.
Pour amuser ses amis, il sait aussi « lever » des chansons qui puisent leur inspiration dans la politique locale ou la vie de ses contemporains, voire de ses propres confrères, dont il se plait à moquer les travers. Dans « Ar bragou moan » [les culottes étroites (pantalons)] il ironise sur les gens de la campagne qui adoptent la mode des villes et abandonnent les bragoù braz au profit du pantalon. Il compose aussi des chants de circonstance, comme « Diviz evit goulenn eur verc’h da eureuji » [manière de demander une fille en mariage]. Ces compositions semblent bien avoir quelque peu circulé dans la tradition orale : la première a été publiée en 1903 par l’abbé François Cadic dans la Paroisse Bretonne de Paris où il indique qu’elle aurait été composée quelque 40 ans plus tôt par un poète de Querrien pour les hommes de Scaër. La seconde, éditée sur feuille volante par Albert Guffanti-Breton, imprimeur à Quimperlé, était , indique le chanoine Pérennès, chantée autrefois dans les mariages de la région de Mellac-Le Trévoux : elle a été notée au début du XIXe siècle par l’abbé Henri Guillerm auprès de M. Laz, un chanteur de Kernével. Elle fut en outre chantée le 15 juillet 1867, lors du mariage à Mellac de la petite nièce de l’abbé Henry, un mariage auquel assista La Villemarqué : « Mr l’abbé Henry marie sa petite nièce mardi prochain à Mellac... On doit faire toutes sortes de cérémonies en breton pour la demande en mariage. Cela amuse beaucoup ton père. » (Lettre de Clémence de La Villemarqué à son fils Pierre, arch. La Villemarqué).
Bibliographie
Fañch Postic, "L’abbé Henry. Défense et illustration de la langue bretonne au XIXe siècle ", revue ArMen n°137, novembre 2003, p.50-57.
Fañch Postic, "Yann-Wilhou Herry na pegen diêz reiza ar brezoneg", Brud Nevez n°239, mae-even 2003, p.86-104.
Fañch Postic, "L’abbé Henry, leveur de chansons", dans Kemperle en chansons (2e partie), Bulletin de la Société d’Histoire du pays de Kempoerle, n°37, décembre 2008.