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GUILLEVIC Jean-Augustin (1861-1937)

vendredi 19 août 2011, par Fañch Postic

GUILLEVIC Jean Augustin
1861-1937
Par Fañch POSTIC

Biographie
Jean Augustin Guillevic est né le 28 août 1861 au village de Saint-Guen à Vannes où ses parents sont fermiers. Son père s’y trouve déjà le 24 septembre 1848 quand il se marie à Plescop avec Marie-Jeanne Le Boléis, une jeune cultivatrice de la commune. Jean Augustin entre au petit séminaire de Sainte-Anne d’Auray en octobre 1875, puis en 1882 au grand séminaire de Vannes. Le 25 décembre 1884, il revient à Sainte-Anne d’Auray où il est nommé surveillant de première division, puis, l’année suivante, préfet de discipline. Le 5 août 1890, il est nommé vicaire de Sarzeau. Quelques mois plus tard, le 2 février 1891, il est devient professeur de théologie au grand séminaire de Vannes où, à partir de 1898, il se voit également confier l’enseignement des Beaux-Arts (architecture religieuse). En août 1895, il assure par ailleurs la fonction de directeur de la Congrégation du Mené jusqu’en 1901 où le nouveau règlement du grand séminaire rend incompatible le cumul d’un ministère extérieur. En décembre 1903, il prend la direction de l’école professionnelle Saint-Michel de Priziac. Au début de 1907, il est nommé chanoine honoraire de la cathédrale de Vannes, puis curé doyen d’Auray. En juillet 1912, il devient supérieur du grand séminaire et, en septembre 1917, vicaire général de monseigneur Gouraud avant de l’être également de son successeur monseigneur Tréhiou. Il doit démissionner le 11 octobre 1935 pour des problèmes de santé apparus dès 1930. Il est décédé à Vannes le 27 janvier 1937.
Augustin Guillevic appréciait les pèlerinages : Rome, Jérusalem, Saint-Jacques de Compostelle… Il suivit également les traces de saint Gildas en Bretagne et en Irlande.
En 1898, quand Louis Jégouzo, vicaire général, institue un cours de breton au grand séminaire, il confie à Augustin Guillevic et à Pierre Goff le soin de composer des manuels.
Au fil des années il s’était constitué un petit musée et avait rassemblé une importante bibliothèque sur la religion, mais également sur l’archéologie, les beaux-arts et la langue et la littérature bretonnes (300 volumes).

Le collecteur
On ne sait que peu de choses sur les collectes d’Augustin Guillevic. Dans les deux cahiers où il a consigné ses mémoires, aujourd’hui conservés aux archives de l’évêché, il n’en dit rien. C’est surtout entre 1882 et 1885, c’est-à-dire au moment où il se trouve au grand séminaire de Vannes, que, si l’on se fie aux dates portées sur ses carnets, Augustin Guillevic effectue la grande partie de ses collectes.
On connaît deux carnets de chansons d’Augustin Guillevic : un premier carnet, postérieur à 1899, est conservé à la bibliothèque du sanctuaire de Sainte-Anne d’Auray ; un second était parvenu entre les mains de l’abbé Pierre-Jean Dérian qui l’a ensuite confié à Polig Monjarret ; il est plus tardif, car le breton en est normalisé. Les deux carnets ont en commun les 28 premiers chants, les suivants étant peut-être de simples copies prises par exemple dans le bulletin de La Paroisse Bretonne de Paris de l’abbé François Cadic. On peut, à l’inverse, envisager qu’Augustin Guillevic ait pu fournir des pièces de sa collecte à François Cadic qui, jusqu’au milieu des années 1900, ne donne que rarement les sources des chansons qu’il publie, même si on peut toutefois raisonnablement penser que ce dernier aurait, à un moment ou un autre, rendu hommage à Augustin Guillevic comme il l’a fait pour nombre d’autres collaborateurs.
Comme chez nombre de collecteurs « amateurs », les chants consignés dans les carnets sont de nature diverses, car il ne font pas l’objet d’une recherche ciblée comme cela est souvent le cas chez des folkloristes « professionnels » : à côté des gwerzioù et des sonioù que l’on retrouvent chez ces derniers, Augustin Guillevic n’hésite pas à noter des compositions plus récentes liées à l’actualité politique ou religieuse, des compositions primées lors des concours de l’Union Régionaliste Bretonne à Vannes (1899 : l’abbé Jérôme Buléon est l’une des chevilles ouvrières de la manifestation dont on lui doit pour une bonne part la tenue à Vannes ; 1901 à Quimperlé), des compositions de prêtres sur d’autres prêtres, un exercice sans doute apprécié en interne (l’abbé Jean-Guillaume Henry, de Mellac, se plaisait également à lever des chansons profanes où il n’hésitait pas à l’occasion à se moquer des prêtres de la région)... Sans tri à priori, des collectes de ce type donnent une idée des origines diverses des chansons qui circulaient oralement. On trouve même dans les carnets d’Augustin Guillevic des chansons en français, de nature religieuse ou non, dont plusieurs chansons de Théodore Botrel.
La plupart des chansons notées dans les carnets sont accompagnées de leurs airs. Augustin Guillevic a visiblement des compétences musicales et n’hésite pas à donner plusieurs variantes d’un même airs et de nombreux airs sont par ailleurs donnés seuls, avec parfois les paroles du premier couplet notées sous les portées musicales. C’est d’autant plus à souligner que bien des collecteurs ne publient que les textes des chansons qu’ils recueillent, à l’exemple d’un François-Marie Luzel.
Les chants et airs des carnets d’Augustin Guillevic proviennent pour l’essentiel du pays vannetais : Bieuzy-Les-Eaux (1882, 1883 et 1884) ; Bignan, Carnac (1882) ; Guénin (1883 et 1884), La Chapelle-Neuve(1882) ; Le Sourn (1884) ; Melrand (1883 et 1884, 1894), Moréac (1880, 1882 et 1883 ; 1899) ; Naizin (1881 et 1883) ; Noyal-Pontivy (1883) ; Plumelin (1886) ; Saint-Allouestre (1883 et 1884) ; Saint-Avé (1899) ; Saint-Barthélémy (1883 et 1884) ; Saint-Caradec-Trégomel (1885), Sainte-Anne d’Auray (1882, 1883 et 1884 ; 1899).
Il en est toutefois un certain nombre de la Cornouaille : Gouarec (1883), Le Faouët (1885) et Châteauneuf-du-Faou, Saint-Goazec, Trégourez, liés semble-t-il à quelques voyages et peut-être également à sa fonction de précepteur occupée pendant les vacances dans une famille de Saint-Goazec installée à Quimperlé. Ces collectes sont toutes datées de 1885.

Bibliographie
Publication des carnets d’Augustin Guillevic :
Augustin Guillevic, Jean-Mathurin Cadic, Chants et airs traditionnels du pays vannetais (fin XIXe siècle), Dastum Bro Ereg et Archives départementales du Morbihan, 2007, n°1 de la collection "Traditions orales en pays vannetais"
Publications d’Augustin Guillevic :
Grammaire bretonne du dialecte de Vannes, Vannes, Lafolye, 1902 (avec Pierre Le Goff)
Exercices sur la grammaire bretonne du dialecte de Vannes, Vannes, Lafolye, 1903 (avec Pierre Le Goff)
Vocabulaire français-breton du dialecte de Vannes, Vannes, Lafolye, 1904 (avec Pierre Le Goff)
Vocabulaire breton-français et français-breton du dialecte de Vannes, Vannes, Lafolye, 1907 (avec Pierre Le Goff)
Corrigé des exercices sur la grammaire bretonne du dialecte de Vannes, Langonnet, 1910 (avec Pierre Le Goff)
Livr oferenn, Vannes, Galles, 1923
Livr pedenneu, overen ha gospereu groet é latin hag é brehoneg, Vannes, Lafolye, 1927

Sur Augustin Guillevic :

Semaine religieuse du diocèse de Vannes 1937 : 6/02, 13 & 27/03, 3, 10, 17 & 24/04
Loeiz Herrieu, « Marù é en Eutru Guillevic », Dihunamb, 1937, p.209-211
Lukian Raoul, Geriadur ar skrivagnerien ha yezhourien, Al Liamm, 1992, p.128
Notice de J. Danigo dans le Dictionnaire du monde religieux dans la France contemporaine, vol.3, La Bretagne, p.177-178