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CADIC Jean-Mathurin (1843-1917)

jeudi 18 août 2011, par Fañch Postic

CADIC Jean-Mathurin
1843-1917

par Fañch POSTIC

Biographie
Jean-Mathurin Cadic est né le 2 avril 1843 à Kerfourn dans une famille de cultivateurs. Son père, François Cadic, originaire du bourg de Noyal-Pontivy où il est né en 1819, est venu s’installer dans la ferme de ses beaux-parents à Gohvern en Kerfourn après son mariage, le 23 janvier 1842 avec Françoise Le Gargasson. Il retournera par la suite comme métayer à Lerhkren en Noyal-Pontivy, ferme qui sera achetée plus tard par son jeune frère, François-Louis qui, né à Kerfourn le 22 avril 1850, fut maire de Noyal-Pontivy de 1904 à 1908. Ce dernier, décédé en 1920, était le parrain de l’abbé François Cadic.
Jean-Mathurin fréquente l’école E. Morel à Pontivy avant de revenir travailler à la ferme familiale. Il reprend ses études sur le tard et, préparé par son oncle Louis Cadic, alors recteur de Persquen, il entre à l’âge de 17 ans au petit séminaire de Sainte-Anne d’Auray où il sera le condisciple de Joseph Loth, de Pierre Emmanuel Dieulangard, futur supérieur du petit séminaire et vicaire général du diocèse de Vannes. Après le grand séminaire, il est ordonné prêtre le 7 novembre 1869 et nommé vicaire à Baden le 2 mars 1870, puis à Plouharnel en 1874, à Auray en 1876, avant de devenir en 1892, recteur de Bieuzy-Les-Eaux, ce qu’il restera jusqu’à sa mort survenue le 14 juin 1917.
Légitimiste, Jean-Mathurin Cadic est un proche de la famille du chef chouan Georges Cadoudal qui lui ouvre ses archives. A Baud, il est aussi en lien avec le neveu d’un autre chef chouan, Jean Jan, et a également accès aux archives familiales. Cela lui permet d’écrire une histoire des Chouans qu’il publie dans Le Courrier des campagnes.
Il a publié dans différentes revues sous son nom ou sous des pseudonymes :
Des chants populaires sous le nom de Yan Kerhlen (anagramme du village de Lerhkren en Noyal-Pontivy où étaient installés ses parents) dans la Revue de Bretagne et de Vendée et d’Anjou, dans la Revue Morbihannaise.
Des poésies sous les noms de Michel Le Dorner, Isidore Le Laboureur ou de Michel Le Faucheux dans la Revue de Bretagne, de Vendée et d’Anjou.

Le collecteur
On ne sait que peu de choses du cadre dans lequel Jean-Mathurin Cadic a effectué ses collectes. On ne sait ce qu’il est advenu de ses cahiers de collectes qui semblent être passés entre les mains de son cousin François Cadic, puisque, en avril 1920, en introduction à la Complainte des réfractaires, ce dernier adresse ses « remerciements posthumes au vieux parent dont les notes intéressantes, maintenant entre mes mains, me sont d’un service inappréciable dans cette histoire des Réfractaires que j’ai entreprise. » Faute de manuscrits, on doit s’en tenir à ce que jean-Mathurin Cadic a publié à partir de 1888 dans la Revue de Bretagne et de Vendée, devenue Revue de Bretagne de Vendée et d’Anjou dès l’année suivante, puis à partir de 1891 dans la Revue Morbihannaise.
CADIC_JM_RBV_1888_La_colombe_et_le_chasseur.pdf
François Cadic laisse entendre que dans les années 1880, Jean-Mathurin s’intéressa au répertoire du père Meitour, un tailleur de Noyal-Pontivy : il "avait fourni une abondante matière à M. Jean-Mathurin Cadic, recteur de Bieuzy, qui pendant longtemps alimenta de chansons bretonnes un grand nombre de revues". François Cadic recueillera lui-même plusieurs chansons auprès du tailleur.
Rares sont donc les indications sur les conditions de la collecte (lieux…) : « Recueilli aux environs d’Auray et de Crac’h » pour le chant sur la mort de Pontcallec, « La chanson… se chante… surtout aux environs de Baud et de Pontivy », pour le chant de la femme du sabotier, « Recueilli à la campagne dans les environs d’Auray » pour le chant La loi de l’apostat, « Recueilli aux environs d’Auray », pour le chant sur L’affaire de Quiberon. C’est en fait François Cadic qui, reprenant des chants de son cousin pour les publier dans La Paroisse Bretonne de Paris, nous donne le plus d’informations : Mendon ? (La Complainte du réfractaire), Languidic, pays d’Auray ? (Le conscrit réfractaire), Languidic (Jean-Claude Inet), Locoal-Mendon (Le navire de Lorient).
Quant à la méthode d’édition, à plusieurs reprises, Jean-Mathurin Cadic évoque l’existence d’un « texte primitif » dont la réunion de variantes incomplètes permettrait de s’approcher :
« ...en comparant entre elles quelques-unes de ces variantes et en les complétant l’une par l’autre, on arrive, sinon à rétablir le texte primitif, au moins à avoir un chant qui présente un ordre logique et un sens raisonnable.
C’est en suivant cette méthode que le chant suivant de l’aguilaneuf a été reconstitué et mis en ordre. Est-il complet et conforme au texte primitif ? Nous ne saurions le dire. Ce qu’il y a de certain c’est que ce chant, tel qu’il est donné ici, reste poétiquement bien inférieur à la version Cornouaillaise publiée dans le Barzaz-Breiz. »
(« Aguilaned er blai nehué/ Les étrenneurs du nouvel an », Revue de Bretagne, de Vendée & d’Anjou, février 1891.)

« Cette chanson est très répandue et très connue dans les différentes parties du diocèse de Vannes, surtout aux environs de Vannes et d’Auray. Mais généralement les variantes que l’on rencontre sont incomplètes. La plupart d’entre elles n’ont que trois ou quatre couplets. D’autres en présentent un plus grand nombre, mais sans ordre et sans suite, rattachant à la première partie ce qui convient à la seconde et vice versa.
Cette chanson n’a donc pas été trouvée telle qu’elle est donnée ici. Elle a été coordonnée et arrangée d’après les différentes versions trouvées.
Sans doute elle n’est pas encore complète, et tout porte à croire que plusieurs couplets ont encore échappé à toutes les recherches. Du moins telle qu’elle va paraître elle présente une unité, un sens et un ordre satisfaisants.
Espérons que sa publicité contribuer à faire découvrir quelques couplets encore ignorés, et permettra de la rétablir plus tard dans son texte primitif. »
(« En dén diméet/Le marié », Revue de Bretagne, de Vendée et d’Anjou X, octobre 1893, p.286.

« Malgré les quelques différences que présentent les variantes de cette complainte, en les examinant attentivement, on reconnaît qu’elles viennent toutes d’une même souche, qu’elles se complètent les unes par les autres et qu’il est facile de les fondre en un même texte.
C’est ce travail que je viens de faire. Je le livre à la Revue Morbihannaise, sans me flatter toutefois de donner le texte primitif de la complainte. »
(« Kañen Morisèd lahet é Melrañ d’er 25 a viz mai, ér blé 1727/Complainte de Mauricette tuée à Melrand le 25 mai 1727 », Revue Morbihannaise, IV, juillet-août 1894, p.93)

Jean-Mathurin Cadic est donc proche des conceptions d’édition qui furent celle de Théodore Hersart de La Villemarqué pour son Barzaz-Breiz. Il fait d’ailleurs plusieurs fois référence à l’ouvrage de son prédécesseur pour lequel il a visiblement une certaine admiration : « Ce qu’il y a de certain c’est que ce chant, tel qu’il est donné ici, reste poétiquement bien inférieur à la version Cornouaillaise publiée dans le Barzaz-Breiz. », écrit-il en introduction à « Aguilaned er blai nehué/ Les étrenneurs du nouvel an », paru dans la Revue de Bretagne, de Vendée & d’Anjou, février 1891.)

Dans la nécrologie qu’il consacre à son cousin dans le bulletin de La Paroisse Bretonne de Paris de juin 1917, François Cadic nous dévoile une autre facette du prêtre qui, selon lui, se faisait aussi volontiers conteur, pour la plus grande joie des enfants qui l’entouraient alors : « Il fallait entendre le recteur, au milieu d’un cercle d’enfants, narrer les aventures du Pautr bah houarn [2] et de Jébédik le Ribet [3], de sa voix grave, de son air sérieux et de son geste expressif. Ses petits auditeurs écoutaient bouche bée, tremblant tour à tour ou éclatant de rire ». [4]
[1] Introduction à la chanson "Mariés mal assortis", La Paroisse Bretonne de Paris, juin-juillet 1928.
[2] Conte type 301 B. La Paroisse Bretonne de Paris, septembre 1900.
[3] Conte type 500. La Paroisse Bretonne de Paris, juillet 1904.
[4] « M. l’abbé Cadic, recteur de Bieuzy », La Paroisse Bretonne de Paris, juin 1917.

Bibliographie
Publication des chansons de Jean-Mathurin Cadic :
Augustin Guillevic, Jean-Mathurin Cadic, Chants et airs traditionnels du pays vannetais (fin XIXe siècle), Dastum Bro Ereg et Archives départementales du Morbihan, 2007, n°1 de la collection "Traditions orales en pays vannetais"
Publications sur Jean-Mathurin Cadic :
P. G. [Pierre Le Goff]« Buhé en eutru Kadig Person Bihui », Dihunamb, 1923, p.371-376.
Lukian Raoul, Geriadur ar skrivagnerien ha yezhourien, Al Liamm, 1992.