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CADIC François (1864-1929)

mardi 16 août 2011, par Fañch Postic

CADIC François
 (1864-1929)
 
 

 par Fañch POSTIC

Biographie
Né en 1864 à Noyal Pontivy dans le Morbihan, François Cadic est le onzième et dernier enfant d’une famille de paysans installés là depuis plusieurs générations. Ayant perdu ses parents alors qu’il est encore très jeune, il est élevé à Pontivy par sa grand-mère maternelle. Il revient à Noyal-Pontivy pour les vacances chez son beau-frère, Mathurin Le Moing, auprès duquel il recueillera plus tard chants et contes. En 1880, il entre en classe de 4e au Petit Séminaire de Sainte-Anne d’Auray. Ce passage aura une grande influence sur le jeune homme car, parmi ses condisciples ou ses professeurs, figurent nombre de ceux qui contribueront à sortir de l’oubli une langue et une littérature vannetaise jusque là bien négligées et même quelque peu méprisées : Jérôme Buléon, Pierre Le Goff, Joseph Le Bayon…
 
 Cadic FIL_03_Jeune_en_costumeAu grand séminaire, François Cadic porte toujours le costume de son pays de Pontivy
 
 
Petit Séminaire, Grand Séminaire… il devient prêtre en 1889. Il se rend alors à Paris et fréquente un temps l’Institut catholique et peut-être la Sorbonne. Dans la capitale, François Cadic découvre la situation des Bretons qui de plus en plus nombreux quittent leur pays natal espérant une situation meilleure. Influencé par les idées « chrétiennes-démocrates » qui se développent à la fin du XIXe siècle à la suite de l’Encyclique Rerum novarum du pape Léon XIII, François Cadic décide de « s’engager » comme on dirait aujourd’hui et, le 21 février 1897, il crée l’œuvre de « La Paroisse Bretonne de Paris ». Son but est de rassembler autour d’une église et d’un clocher – ce sera Notre-Dame-des-Champs, près de Montparnasse –, comme dans les paroisses de Bretagne, les Bretons dispersés de la capitale. Très vite toute une série de services se mettent en place : aide à la recherche d’emploi, système d’épargne volontaire pour faire face à d’éventuelles situations de chômage, de maladie, de maternité, assistance médicale, juridique à prix réduits, voire gratuite pour les plus démunis, réduction auprès de certains commerçants ou grands magasins, vestiaires, visites aux malades, ventes de charité, bibliothèque, magasin de produits bretons, réseau de logeuses, asile pour celles qui arrivent à Paris sans emploi… 
 
Cadic FIL_05_prtreFrançois Cadic, jeune prêtre
 
 
Très tôt, François Cadic a compris que l’un des meilleurs moyens d’établir un lien entre tous les sociétaires de la Paroisse Bretonne est de disposer d’un bulletin de liaison. En septembre 1899 paraît donc le 1er numéro de la Paroisse Bretonne de Paris. Informations pratiques, nouvelles de Bretagne, comptes-rendus des réunions de la Paroisse Bretonne et de ses diverses activités, édification religieuse…en sont les constituants essentiels. Mais dès les premiers numéros, sont également publiés des chants accompagnés généralement de leur musique, des contes et des légendes. Il semble que cela ait été particulièrement goûté des lecteurs au point de constituer jusqu’à la disparition du bulletin, en avril 1929, l’un des morceaux de choix de la publication.
La Paroisse Bretonne connaît un très grand succès et se développe très rapidement au point de compter à la veille de la Première Guerre mondiale, plusieurs dizaines de milliers d’adhérents et d’être une force avec laquelle il faut compter sur le marché du travail. Mais la guerre vient briser cet élan. La Paroisse Bretonne et son directeur, souvent malade, n’auront plus le même entrain qu’auparavant. De plus, les temps changent, la société évolue. L’œuvre apparaît moins adaptée aux nouveaux besoins des Bretons de Paris. Usé peu à peu par la tuberculose qui le ronge depuis des années, résigné à l’idée de la fin qui l’attend, François Cadic accepte finalement de revenir en Bretagne dix jours seulement avant sa mort qui survient le 27 juillet 1929 à Saint-Jean-Brévelay. Le 29 juillet, il est inhumé au cimetière de Noyal-Pontivy. Depuis le mois de mai déjà, privée de son directeur, la Paroisse Bretonne avait cessé toute activité. Un an plus tard, les bureaux étaient définitivement fermés.
Plaque tombe_F._Cadic_cimetire_de_Noyal-Pontivy1La tombe de François Cadic dans le cimetière de Noyal-Pontivy porte une épitaphe en breton : Tombe de Monsieur F. Cadic/recteur des Bretons de Paris/prêtre fervent/Breton cultivé/coeur charitable 
François Cadic est une personnalité quelque peu atypique, indépendante face aux autorités civiles et religieuses, partagé entre un conservatisme moral, religieux ou politique et un pragmatisme social progressiste que lui inspire la confrontation aux problèmes quotidiens des émigrés bretons de Paris.

 
Le collecteur
C’est à son enfance campagnarde à Noyal-Pontivy et Pontivy que François Cadic fait remonter son intérêt pour l’histoire et les traditions populaires dans lesquelles il a baigné tout au long de son enfance à Noyal-Pontivy. Il se trouve en outre que l’un de ses cousins, Jean-Mathurin Cadic, est parmi les premiers à recueillir des chants en langue vannetaise qu’il publie dès 1888 dans la Revue de Bretagne et de Vendée, puis dans la Revue Morbihannaise fondée en 1891.
Si François Cadic publie lui-même quelques chansons dans la revue Mélusine en 1894, très vite, il se démarque des collecteurs qui l’ont précédé et dont il connaît les travaux. Son but n’est pas de faire œuvre d’ethnographe. Il se méfie même de ces publications réservées à quelques initiés. « Il en est de notre pays comme des prairies grasses qui, aux premiers souffles printaniers, se couvrent de fleurs multicolores. Ces fleurs, qui donc songeait à les cueillir ? Quelques érudits, quelques revues hors de prix, inconnues de la masse… » Comme l’a fort justement écrit Monseigneur Adolphe Duparc, l’évêque de Quimper, qui fut son professeur au petit séminaire, « les vieux cantiques, les chants populaires, l’histoire locale, étaient pour lui un moyen d’apostolat ». Raconter, chanter, parler en breton… sont le meilleur moyen d’éviter un trop grand déracinement aux Bretons émigrés de la capitale, en maintenant le lien avec leur culture orale d’origine,… et, bien entendu, de préserver leur attachement à la religion.
François Cadic se met donc au travail pour recueillir une tradition orale qu’il souhaite maintenir vivante, voire faire revivre à l’occasion des réunions mensuelles qui réunissent plusieurs centaines d’adhérents.
Il profite de ses vacances qui le ramènent chaque été au milieu des siens pour engranger les matériaux qui alimenteront tout au long de l’année les colonnes du bulletin de La Paroisse Bretonne de Paris. Il a ainsi réuni plus de 100 contes et autant de récits légendaires. Les textes publiés sont souvent retouchés et François Cadic fait preuve d’un réel talent de plume pour ajouter descriptions de paysages, portraits pittoresques ou commentaires explicatifs… voire moralisants qu’il juge nécessaires pour le public des Bretons émigrés à Paris auquel il s’adresse. Mais, d’une manière générale, ce sont surtout des modifications de forme qui n’altèrent pas la structure même des récits qui demeurent donc d’un grand intérêt : « François Cadic a « doté le légendaire bas-breton d’un florilège qui, écrit même Paul Delarue, est le plus riche après celui de Luzel ; et certaines des versions sont parmi les plus belles du folklore français. » L’hommage n’a que plus de poids quand l’on sait la sévérité habituelle de jugement de ce spécialiste du conte populaire en France qui, en 1955, réserve à François Cadic l’un des volumes de sa Collection de Contes Merveilleux des Provinces de France.
François Cadic publie également près de 200 chansons dont l’air est donné, la plupart du temps : pour noter la musique, il se fait au besoin aider par des amis. Les textes des chansons, publiés en breton avec une traduction française, sont précédés d’une notice où s’exprime l’historien… et le prêtre. On y relève également de précieuses informations sur les conditions de la collecte et sur les chanteurs…
 Pour compléter ses propres collectes de contes, légendes et chansons, François Cadic sollicite également des membres de sa famille – notamment son neveu l’abbé Jean Le Moing –, des amis, prêtres ou non, pour qu’ils recueillent à son intention ou lui remettent ce qu’ils ont eux-mêmes recueilli : François Cadic puise ainsi dans divers cahiers qui lui sont confiés – ceux de son cousin Jean-Mathurin Cadic notamment - dont on ne sait malheureusement pas, comme l’ensemble de des archives de François Cadic, ce qu’il en est advenu après sa mort en 1929.

Bibliographie
1. Publications de François Cadic
 
Bulletin de La Paroisse Bretonne de Paris, avril 1899-avril 1929.
Articles dans Ouest-Eclair
 
1903 Dans la campagne bretonne : étude sur les métiers, les habitudes et les travers des paysans bretons, Aurillac, Imprimerie Moderne.

1903 Contes et légendes de Bretagne, 1ère série, Aurillac, Imprimerie moderne.
1904 Contes et légendes de Bretagne, 2e série, Paris, Institut bibliographique.
1905 Contes et légendes de Bretagne, 3e série, Aurillac, Imprimerie moderne.
1907 Contes et légendes de Bretagne, 4e série, Aurillac, Imprimerie moderne.
1908 Contes et légendes de Bretagne, 5e série, Rennes, Imprimerie Bretonne.
1909 Contes et légendes de Bretagne, 6e série, Hennebont, Imprimerie Normand.
1910 Contes et légendes de Bretagne, 7e série, Hennebont, Imprimerie Normand.
1911 Contes et légendes de Bretagne, 8e série, Hennebont, Imprimerie Normand.
1912 Contes et légendes de Bretagne, 9e série, Hennebont, Imprimerie Normand.
1913 Contes et légendes de Bretagne, 10e série, Hennebont, Imprimerie Normand.
1914 Contes et légendes de Bretagne, 11e série, Hennebont, Imprimerie Normand.
1914 : Contes et légendes de Bretagne, Hennebont, Imprimerie Normand.
1919 : Contes et légendes de Bretagne, Paris, Maison du Peuple Breton.
1922 Contes et légendes de Bretagne, nouvelle série, Paris, Maison du Peuple Breton.
1922 Nouveaux contes et légendes de Bretagne, première série, Paris, Maison du Peuple Breton.
1925 Nouveaux contes et légendes de Bretagne, deuxième série, Paris, Maison du Peuple Breton.
 

Chansons publiées dans Mélusine en 1894 : « Le lendemain du mariage », col. 10 ; « La femme du sabotier », col. 125 ; « Les tribulations des filles du Moustoir », col. 126 ; « La jeune fille de Lannion », col. 128. Ces chansons seront reprises plus tard dans la Paroisse Bretonne de Paris.

 
Editions posthumes :
1929 Contes et légendes de Bretagne, Paris, Spes (réédition partielle du volume de 1914 préparée par François Cadic).
1943 Contes Bretons sur douze métiers, Paris, Librairie Celtique. (édition préparée par François Cadic et publié par son neveu, l’abbé Jean Le Moing.
1949 : Chants de Chouans, Paris, Librairie celtique (préface de Yves Le Diberder)
 
Rééditions :
1950 Contes et légendes de Bretagne 1, Vannes, Galles. (Préface de Yves Le Diberder).
1955 Contes de Basse-Bretagne, Paris, Erasme, 1955 (Collection des « Contes Merveilleux des Provinces de France »). Préface de Paul Delarue.
1981.Chants de Chouans, Paris-Genève, Slatkine, 1981 (Préface de Donatien Laurent.
1994. Contes et légendes de Bretagne (postface de Fañch Postic), Nantes Williamson, 1994.
2000. Contes et légendes de Bretagne, réédition de l’ouvrage posthume de 1950, L’ancre de Marine, 2000.
 
1979. Des contes et chansons de François Cadic ont été repris dans Contes et Récits de Bretagne, Gallimard, 1979, (Préface de Donation Laurent).
 
Collection « Les Œuvres de François Cadic », dirigée par Fañch Postic, Rennes, Terre de Brume/Presses Universitaires de Rennes :

1997. Contes et Légendes de Bretagne ; Les contes populaires. Vol. 1, novembre 1997. 342p. (Préface de Donatien Laurent).
1998. Contes et Légendes de Bretagne ; Les contes populaires. Vol. I1, juin 1998. 332p.
1999. Contes et Légendes de Bretagne ; Les contes populaires. Vol. II1, mars 1999. 332p.
2000. Contes et Légendes de Bretagne ; Les récits légendaires Vol.I, avril 2000. 402 p.
2001. Contes et Légendes de Bretagne ; Les récits légendaires Vol.II, février 2001. 407 p.
2002. Çà et là à travers la Bretagne. Traditions populaires. Février 2002.
2003. Histoire populaire de la Chouannerie. 2 volumes, octobre 2003. 2 volumes. 601 et 598 p. (Préface du professeur Roger Dupuy dans le vol.I).
 
2010. Chansons populaires de Bretagne publiées dans La Paroisse Bretonne de Paris, Patrimoine orale de Bretagne n°1, Centre de Recherche Bretonne et Celtique/DASTUM/Presses Universitaires de Rennes, avril 2010, 625p.

 
2 Publications sur François Cadic
 
L’abbé François Cadic, directeur de la Paroisse Bretonne de Paris, Vannes, Mahéo, 1930 (Biographie par l’abbé Jean Le Moing et articles de Jérôme Buléon, Joseph le Bayon, …). 
 
 
Postic, François : La collecte de contes et de légendes dans l’œuvre de François Cadic, Mémoire de maîtrise dactylographié, Brest, 1976.
 
 
Postic Fañch « La Paroisse Bretonne de Paris. L’œuvre de François Cadic », dans ArMen n°103 (mai 1999), p.12-19.
 
François CADIC (1864-1929) Un collecteur vannetais, "recteur" des Bretons de Paris, Actes du colloque de Pontivy, 8-9 avril 2010, CRBC/Archives départementales du Morbihan – Vannes/ Association Dastum – Rennes, Brest, CRBC, 2012.